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Les édition suisses de l'Encyclopédie : un projet industriel d'envergure

  • mauranphi
  • il y a 11 minutes
  • 2 min de lecture

En 1777, alors que le gouvernement royal réglementait les impressions de province au profit de Paris, Charles-Joseph Panckouke, Gabriel Duplain et Jean-Georges Pellet lançaient une édition de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert en format in-quarto, domiciliée à Genève.

La méthode de vente était innovante : contre 20% d'acompte, le client recevait un bon lui permettant d'aller récupérer les volumes parus auprès d'un libraire accrédité par les Associés. La souscription permit d'écouler 4 000 exemplaires environ de ce premier tirage, baptisé "édition" par les éditeurs et repérable par la mention "Nouvelle édition" sur la page de titre.

Dès le tome V Nouvelle édition, un second tirage, toujours appelé édition, fut lancé pour satisfaire la demande croissante. Les souscripteurs de cette seconde édition (qu'aucune mention ne repère sur la page de titre) reçurent donc les tomes V et VI de la Nouvelle édition, puis les tomes I à IV de la seconde.

Rapidement pourtant, des rumeurs malveillantes inquiétaient le marché, prétendant que pas moins de 99 volumes seraient nécessaires à la réalisation du projet. A dix livres le volume, le coût total de cette édition, qui se voulait à destination des bourgeois et notables de moindre budget que les grands seigneurs acheteurs de l'édition originale in-folio, se serait donc bien dangereusement rapproché de l'édition de Paris.

Pour faire taire les médisants, les Associés affirmèrent leur engagement qu'au-delà de 33 volumes (dont 3 de planches), tous les volumes surnuméraires seraient offerts. et pour gage de bonne foi, le volume XV Nouvelle édition fut gratuit.

Les souscripteurs, rassérénés, revinrent sur le marché et un troisième tirage fut annoncé (repérable par la mention Troisième Edition sur la page de titre) dont les volumes commencèrent à être livrés un peu avant la sortie du tome XIX Nouvelle série.

Les libraires correspondants eurent donc , en 1778, trois éditions différentes, mais identifiables. Leur rémunération était assuré par le paiement de douze exemplaires pour treize livrés. Rares furent ceux qui portèrent attention à ne donner que des séries homogènes à leurs clients.

Ainsi s'expliquent les multiples séries hétérogènes des 39 volumes de l'Encyclopédie in-quarto : 36 volumes de texte (appelé Discours à l'époque) et 3 volumes de planches, résumant les 17 volumes de texte et 11 volumes de planches de l'édition originale.

Mais l'envergure du projet apparaît quand on met quelques chiffres sur sa réalisation : entre les trois tirages, il y eut en tout 8 225 exemplaires vendus, soit 320 775 volumes. Chaque volume ayant entre 800 et 1 000 pages, cela veut dire l'impression d'environ 280 million de pages. Sachant qu'une presse à bras arrivait à produire 250 pages heure sur douze heures, il a fallu 93 000 journées de travail pour arriver à bout de la publication. L'entreprise fut réalisée entre 1777 et 1779, comptons 1095 jours (contre 21 ans pour l'édition originale), cela a impliqué la mobilisation de 82 presses d'imprimerie, soit la totalité du parc lyonnais (51) et genevois (30).

 
 
 

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